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Penser le changement

Avant-propos

Le Programme International de Formation en Évaluation du Développement (PIFED)

Grâce à la SEVAL et à l’École Nationale d’Administration Publique de Québec (ENAP), une Suissesse et un Suisse ont profité en 2018 d’une bourse finançant partiellement trois semaines de formation en évaluation du développement à Québec (Canada). Étant l’un des deux récipiendaires, la SEVAL m’a demandé de rédiger un billet sur un des points abordés lors de la formation : la théorie du changement.

J’encourage ainsi tous les évaluateurs jeunes ou émergents à se présenter au prochain concours et gagner l’opportunité de vivre une expérience enrichissante en compagnie de professionnels originaires de tout le monde francophone.

Note : Comptez tout de même 2’000 à 3’000 CHF de frais supplémentaires pour financer le reste de la formation, les déplacements, le séjour, etc. Plus d’informations sur le PIFED en cliquant ici.


La volée PIFED 2018 (Québec, Canada)

Retour de formation

Pourquoi penser le changement ?

Dans le cadre de l’évaluation d’une intervention, d’un programme ou d’une politique publique, il est usuel de construire, au terme de l’étude préparatoire, une description du fonctionnement de l’objet évalué. Cet effort d’explication peut avoir des objectifs variés dépendant de ce qui est attendu de l’évaluation. Il garde cependant une utilité fondamentale : réduire la complexité et permettre une compréhension aisée et rapide de la logique du programme. En d’autres termes, il s’agit de mettre en lumière comment et pourquoi les actions de l’organisation sont censées participer aux effets attendus. L’exercice bénéficie tant aux évaluateurs pour leur réflexion qu’aux gestionnaires du programme qui peuvent ainsi valider la compréhension de l’objet.


Source : izquotes.com

Le résultat de ce travail se concrétise généralement dans une représentation graphique qui décrit les différents éléments du programme (intrants, activités, extrants et effets directs puis ultimes). Ces éléments sont liés de manière logique, sous forme de matrice ou de schéma fléché par exemple.



Un méli-mélo de définitions en circulation

Dans le monde de l’évaluation francophone, ces représentations graphiques portent des noms différents, selon les aspects du programme sur lesquels l’attention est portée. On peut par exemple trouver les dénominations “modèle logique”, “modèle d’impact”, “logigramme” ou “théorie d’action” pour ne citer qu’elles. Le terme “théorie du changement” se retrouve plutôt dans les milieux des organisations internationales et des ONG, fortement ancrées dans la culture anglophone de l’évaluation.


Résultats d’une recherche Google Image pour les termes “theory of change” (Source : Google)

L’origine de la “theory of change”

Selon le Centre pour la Théorie du Changement, la popularisation du terme remonte à l’institut américain Aspen et à Carol Weiss qui publia, en 1995, le livre “New Approaches to Evaluating Comprehensive Community Initiatives“. Dans son oeuvre, Weiss soutient que l’évaluation de programmes complexes est difficile en raison du manque de développement préalable des hypothèses qui sous-tendent l’action de l’organisation. L’utilisation de théories du changement s’est depuis fortement répandue parmi un grand nombre d’organisations d’utilité publique.

Il est raisonnable de penser que le concept s’est développé en parallèle de la complexification, au fil du temps, des interventions visant l’impact, du développement de la pratique évaluative, ou encore du besoin croissant de justification pour l’octroi des financements.


L’évolution des recherches Google du terme “theory of change” de 2005 à aujourd’hui.
(Source : Google Trends)

Théorie du changement = chaîne de résultats + hypothèses de réussite

La théorie du changement partage des similarités avec les autres concepts visant à décrire la logique d’un programme et il n’existe pas aujourd’hui de consensus sur sa définition précise. Nous pouvons néanmoins identifier deux points systématiquement présents : une chaîne de résultats et des hypothèses de réussite. La chaîne de résultats représente la séquence logique des actions de l’organisation, comme on le trouverait dans un modèle logique. Les hypothèses de réussites sont les conditions sur lesquelles repose la causalité effective de la chaîne de résultats. La question des hypothèses fut par ailleurs développée par John Mayne (“Useful Theory of Change Models”, 2015) qui souligna la nécessité pour l’évaluateur de distinguer et qualifier le type de contribution qu’une intervention peut avoir sur un changement observé.


Source : Sauvain A. et Anstett E. (2018, juillet). Diapositive présentée au PIFED, Québec.

Enfin, Rick Davies a publié en 2018 un excellent résumé des problèmes que pose l’élaboration d’une théorie du changement (Rick Davies, “Representing Theories of Change: Technical Challenges with Evaluation Consequences”) . Il propose plusieurs solutions parmi lesquelles figurent notamment l’utilisation une plus grande utilisation des boucles rétroactives entre les interventions et les effets, ainsi que le recours aux algorithmes prédictifs pour mieux identifier la succès ou l’échec d’une intervention.


Quels chemins emprunter désormais ?

Quel que soit le terme désignant le concept de théorie du changement, produire une représentation logique et graphique d’une intervention, d’un programme ou d’une politique publique reste un investissement bénéfique tant pour le processus évaluatif que pour l’étape de planification.

Une bonne théorie du changement doit répondre à sa fonction : offrir une modélisation valide du programme avec un degré de simplicité suffisant pour faciliter la compréhension des autres parties prenantes. Pour garantir une théorie du changement de qualité, les théoriciens se rejoignent sur deux points : elle doit se construire en concertation avec les parties prenantes de l’évaluation (par exemple, le comité d’évaluation) ; et elle doit reposer sur un processus itératif, selon les retours du terrain.

Ces postulats semblent évidents, mais beaucoup d’organisations en Suisse ne présentent pas de théorie du changement dans la description de leurs activités (vous n’en trouverez, par exemple, ni à la SEVAL, ni au GREVAL, ni même sur les sites du Contrôle fédéral des finances ou de la Cour des comptes de Genève, pour citer des acteur actifs dans le domaine de l’évaluation en Suisse). Cela ne signifie pas que ces organisations sont dépourvues de planification, mais c’est le signe probable d’une marge de progression dans l’effort d’expliciter leur logique d’action et les hypothèses de réussite dont elle dépend.

Construire une théorie du changement n’est pas indispensable à la réussite d’un programme. C’est simplement un exercice très très (très) recommandé.


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